Le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani effectue depuis le 15 avril une visite d’État en France, une première pour ce pays sahélien longtemps discret sur la scène diplomatique. Cette séquence intervient dans un contexte où Paris a vu se dégrader ses relations avec plusieurs États du Sahel, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Considérée comme l’un des derniers partenaires stables de la France dans la région, la Mauritanie apparaît aujourd’hui comme un allié stratégique clé, à la fois sur les plans sécuritaire, migratoire et économique. Accueilli à son arrivée par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, le chef de l’État mauritanien a entamé une série de rencontres officielles à Paris, incluant une cérémonie aux Invalides, un entretien à l’Élysée et un dîner officiel.
Cette visite d’État, centrée sur le renforcement des partenariats bilatéraux, met particulièrement l’accent sur la coopération économique, la sécurité régionale et les enjeux maritimes. Un déplacement à Brest est notamment prévu, illustrant l’importance croissante des dimensions maritimes et énergétiques dans les relations entre les deux pays.
La Mauritanie, un îlot de stabilité au Sahel
Avec une population d’environ 5,2 millions d’habitants et un vaste territoire désertique, la Mauritanie se distingue dans un environnement régional marqué par l’instabilité sécuritaire. Le pays n’a enregistré aucune attaque terroriste depuis 2011, une situation rare dans le Sahel où la pression des groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique reste élevée, notamment au Mali voisin. Selon plusieurs experts, cette résilience s’explique par une stratégie nationale de contrôle sécuritaire centralisé et une approche proactive combinant action militaire et encadrement religieux. La Mauritanie reste l’un des rares pays sahéliens à n’avoir jamais accueilli de base militaire française, tout en maintenant une coopération technique étroite avec Paris. Celle-ci porte principalement sur la formation, le renseignement et l’équipement des forces armées.
Dans un contexte de dégradation sécuritaire à la frontière malienne, notamment liée à la progression de groupes armés dans l’ouest du pays, les échanges entre Paris et Nouakchott portent sur le renforcement des capacités de défense et de surveillance. Cette situation a également des conséquences humanitaires et migratoires, la Mauritanie accueillant près de 300 000 réfugiés selon les données du HCR.
La mer et la migration, deux enjeux économiques majeurs
Au-delà de la sécurité terrestre, la protection des ressources maritimes constitue un autre axe central de coopération. La Mauritanie fait face à des intrusions régulières de navires étrangers dans ses eaux, menaçant un secteur clé de son économie. La pêche représente en effet environ 10 % du PIB et jusqu’à 50 % des exportations du pays, ce qui en fait un pilier essentiel de la sécurité économique et alimentaire. Ces enjeux seront au cœur des discussions prévues à Brest, notamment sur la surveillance maritime et la gouvernance des ressources halieutiques.
La question migratoire figure également parmi les priorités de cette visite. La Mauritanie a signé plusieurs accords avec la France et l’Union européenne visant à limiter les départs irréguliers depuis ses côtes et à renforcer la lutte contre les réseaux de passeurs. Si ces coopérations sont jugées stratégiques par les deux parties, elles suscitent toutefois des critiques d’organisations non gouvernementales, qui dénoncent certaines pratiques liées à la gestion des flux migratoires.
Dans un Sahel profondément recomposé, la Mauritanie apparaît comme un partenaire pivot pour la France et l’Europe. Cette visite d’État confirme une dynamique de rapprochement fondée sur des intérêts convergents : sécurité régionale, contrôle migratoire et valorisation des ressources économiques.








