Au terme de trois jours de réquisitoire particulièrement sévère devant la cour d’appel de Paris, le parquet général a requis, ce mercredi, une peine de sept ans de prison à l’encontre de Nicolas Sarkozy dans l’affaire du financement libyen présumé de sa campagne présidentielle de 2007. Cette peine correspond à celle déjà demandée lors du procès en première instance.

En septembre dernier, l’ancien président de la République avait finalement été condamné à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs. Une décision historique qui avait conduit l’ex-chef de l’État à passer vingt jours en détention, devenant ainsi le premier ancien président français incarcéré sous la Ve République.
Un procès décisif pour Nicolas Sarkozy
Alors que le procès approche de son terme, l’ancien dirigeant joue désormais sa liberté, mais aussi son honneur politique. Si la cour d’appel confirme une condamnation le 30 novembre prochain, Nicolas Sarkozy ne pourra plus compter que sur un pourvoi en cassation. Durant les audiences, l’ancien président est resté impassible face aux accusations du ministère public. Depuis le début de l’affaire, il nie catégoriquement tout financement occulte venu de Libye, affirmant que « pas un centime » d’argent libyen n’a servi à financer sa campagne victorieuse de 2007. Son avocat, Christophe Ingrain, a d’ailleurs réaffirmé la ligne de défense de l’ancien chef de l’État : « Nicolas Sarkozy est innocent. Il n’y a pas eu de financement libyen de sa campagne présidentielle. »
L’accusation évoque un “pacte de corruption” avec le régime Kadhafi
Pour le parquet général, Nicolas Sarkozy serait pourtant « le principal bénéficiaire » et « l’instigateur » d’une vaste association de malfaiteurs destinée à obtenir des financements occultes du régime de Mouammar Kadhafi. Selon l’accusation, alors ministre de l’Intérieur sous la présidence de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy aurait conclu un accord secret avec les autorités libyennes. En échange d’un soutien financier pour sa campagne présidentielle, il se serait engagé à examiner la situation judiciaire d’Abdallah Senoussi, beau-frère et proche collaborateur de Mouammar Kadhafi. Le parquet affirme que ces manœuvres auraient « vicié le financement de l’élection suprême de la Ve République ».
Des rencontres secrètes et plusieurs millions d’euros en jeu
Le dossier repose notamment sur deux rencontres secrètes organisées fin 2005 en Libye. Claude Guéant et Brice Hortefeux, proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy, auraient rencontré Abdallah Senoussi afin de négocier les contours de cet accord présumé. Quelques mois plus tard, en 2006, près de six millions d’euros auraient été transférés sur les comptes de l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, aujourd’hui décédé. Ce dernier était présenté comme l’un des acteurs-clés des échanges entre le camp Sarkozy et les autorités libyennes. Abdallah Senoussi, de son côté, avait été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la justice française pour son implication dans l’attentat du DC-10 d’UTA de 1989, qui avait fait 170 morts, dont 54 Français.
Des peines également requises contre Guéant et Hortefeux
Le parquet général a également requis de lourdes peines contre les anciens proches de Nicolas Sarkozy. Six ans de prison ferme ont été demandés contre Claude Guéant, tandis que Brice Hortefeux risque quatre ans de prison, dont deux avec sursis. Le ministère public souhaite que la partie ferme de cette peine soit aménagée sous bracelet électronique, avec exécution provisoire. Après plus de deux mois d’audience, le procès doit désormais entrer dans sa dernière phase avec les plaidoiries des avocats des dix prévenus. La décision de la cour d’appel de Paris est attendue le 30 novembre prochain. Un verdict qui pourrait marquer un tournant majeur dans l’histoire politique et judiciaire française, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI








