Le Parlement de la Bolivie a adopté, dimanche 7 juin 2026, une loi autorisant le président Rodrigo Paz à mobiliser les forces armées afin de lever les barrages routiers qui paralysent le pays depuis plusieurs semaines. Cette décision intervient dans un contexte de crise sociale aiguë, marqué par un mouvement de contestation réclamant la démission du chef de l’État et la poursuite d’une mobilisation de grande ampleur à travers plusieurs régions.
Depuis près de six semaines, des groupes de manifestants bloquent des axes stratégiques, perturbant fortement la circulation des biens et des personnes ainsi que l’activité économique nationale. Malgré les appels répétés au dialogue lancés par les autorités, aucune solution politique durable n’a permis d’apaiser la situation, laissant le pays dans une impasse croissante.
Face à cet enlisement, les parlementaires ont validé une loi exceptionnelle autorisant l’intervention conjointe de l’armée et des forces de police pour démanteler les points de blocage. Selon la députée Cécilia Vargas, cette mesure s’inscrit dans le cadre constitutionnel et vise à restaurer l’ordre public tout en garantissant le fonctionnement normal des institutions.
La tension est déjà montée d’un cran sur le terrain. À San Julian, dans l’est du pays, une opération policière de déblocage a dégénéré en affrontements violents avant même l’adoption de la loi. Le bilan fait état de quatorze civils et six policiers blessés, tandis que le barrage reste toujours en place, illustrant la difficulté des autorités à reprendre le contrôle des zones occupées.p
Du côté des mouvements sociaux, la décision est vivement contestée. Pour Mario Soto, représentant des paysans de Cochabamba, il s’agit d’une escalade répressive visant à réduire au silence la contestation. Malgré le durcissement du cadre légal, les organisations mobilisées affirment poursuivre leur mouvement sur l’ensemble du territoire, déterminées à maintenir la pression sur le pouvoir en place.
L’un des points les plus controversés de la loi concerne la présomption de légalité accordée aux actions des forces de sécurité durant l’état d’exception, une disposition dénoncée par une partie de l’opposition comme une forme de « carte blanche » susceptible d’encourager des dérives.
Dans ce contexte de radicalisation des positions, la Bolivie reste plongée dans une crise politique et sociale profonde. Si le recours à l’armée vise à rétablir rapidement la circulation et la stabilité, il pourrait également ouvrir une nouvelle phase de tensions prolongées entre autorités et mouvements contestataires.








