La perspective d’un Grand Prix de Formule 1 au Rwanda provoque des tensions diplomatiques entre Kigali et Kinshasa. La République démocratique du Congo (RDC) critique le choix du pays hôte, estimant qu’un tel événement pourrait contribuer à redorer l’image du président Paul Kagame, alors que Kigali est accusé de soutenir les rebelles du M23 dans l’est congolais.
Le projet d’organiser un Grand Prix de Formule 1 au Rwanda suscite déjà une vive opposition en République démocratique du Congo. Jeudi 15 octobre 2026, la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a réitéré ses réserves concernant cette initiative, qu’elle juge susceptible de servir les intérêts d’image du président rwandais Paul Kagame.
Dans un communiqué publié jeudi, la cheffe de la diplomatie congolaise a rappelé avoir exprimé ses inquiétudes dès février 2025 auprès de Stefano Domenicali, directeur général de la Formule 1, ainsi qu’auprès des responsables de la discipline. « Permettre au Rwanda d’accueillir un Grand Prix serait moralement indéfendable », avait-elle alors déclaré. Mardi, le président rwandais Paul Kagame avait annoncé le projet aux côtés de Stefano Domenicali et de Mohammed Ben Sulayem, président de la Fédération internationale de l’automobile (FIA). Selon les informations communiquées par la Formule 1, la course pourrait se tenir au début des années 2030 sur un circuit à construire à Bugesera, près de Kigali. Sa concrétisation permettrait à la discipline de retrouver le continent africain, absent du calendrier depuis le dernier Grand Prix organisé en Afrique du Sud en 1993.
Kinshasa conteste le choix du Rwanda
La RDC ne s’oppose pas au retour de la Formule 1 sur le continent africain. Elle remet toutefois en question la désignation du Rwanda, estimant qu’un tel événement offrirait une vitrine internationale à Paul Kagame malgré les accusations portées contre son gouvernement concernant le conflit dans l’est de la RDC. « La RDC se réjouit du retour de la Formule 1 en Afrique », a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner, tout en dénonçant les conséquences potentielles d’une course organisée au Rwanda dans le contexte actuel des relations entre les deux pays. Kigali rejette régulièrement les accusations de soutien aux rebelles du M23, actifs dans l’est de la République démocratique du Congo.
L’Afrique du Sud privilégiée par Kinshasa
Pour Kinshasa, une autre option existe. La ministre des Affaires étrangères a indiqué que son pays soutenait les démarches de l’Afrique du Sud en vue d’accueillir une épreuve du championnat du monde de Formule 1. Les autorités congolaises demandent également que le projet rwandais soit soumis à des garanties crédibles et indépendantes. L’objectif affiché est d’éviter que son financement ne soit lié à des minerais provenant de zones de conflit ou à l’exploitation des ressources naturelles congolaises. Cette opposition s’inscrit dans une série de critiques formulées par Kinshasa contre les stratégies de promotion internationale du Rwanda à travers le sport, notamment ses partenariats de sponsoring avec plusieurs grands clubs de football européens.
Un projet pris dans les tensions régionales
Les relations entre Kigali et Kinshasa demeurent fortement affectées par les violences dans l’est de la RDC. En mars 2026, les États-Unis ont imposé des sanctions à l’armée rwandaise et à quatre hauts responsables militaires pour leur soutien présumé au M23. Le Rwanda a rejeté ces mesures, les qualifiant de partiales et estimant qu’elles donnent une lecture erronée du conflit. Alors que le projet de Grand Prix reste à concrétiser, la controverse révèle les enjeux politiques qui entourent le retour de la Formule 1 en Afrique. Pour Kinshasa, le choix du pays organisateur ne saurait être dissocié de la situation sécuritaire régionale, des accusations liées au conflit et des questions de transparence dans l’exploitation des ressources naturelles.








