Le régime nord-coréen tirerait d’importantes ressources financières de l’envoi de ses ressortissants travailler à l’étranger. Selon un rapport du Multilateral Sanctions Monitoring Team (MSMT), des dizaines de milliers de Nord-Coréens seraient employés dans 17 pays d’Asie et d’Afrique, permettant à Pyongyang de générer plusieurs centaines de millions de dollars chaque année.
En 2025, les revenus tirés de ce dispositif auraient atteint entre 450 et 800 millions de dollars, selon le rapport. Ces ressources seraient notamment destinées à financer les programmes nucléaire et balistique de la Corée du Nord ainsi que l’acquisition d’armes. Le nombre total de travailleurs nord-coréens à l’étranger pourrait dépasser 100 000 personnes. Ils seraient répartis dans 17 pays, dont six en Asie et dix en Afrique. Parmi les pays africains cités figurent notamment la Guinée équatoriale, la Guinée et le Nigeria. Cette situation intervient malgré une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui avait fixé à 2019 la date limite pour le rapatriement des travailleurs nord-coréens employés à l’étranger.
Jusqu’à 90 % des revenus reversés au régime
Le MSMT décrit un système strictement encadré par Pyongyang. Les autorités organiseraient le recrutement et l’envoi de travailleurs, notamment des médecins, des ouvriers et des ingénieurs. Une fois à l’étranger, leurs passeports seraient confisqués et entre 80 % et 90 % de leurs revenus seraient reversés au régime. Le maintien des familles en Corée du Nord constituerait également un moyen de pression destiné à limiter les risques de défection.
La Russie au cœur du dispositif
La Chine et la Russie figurent parmi les principales destinations. En Russie, le nombre de travailleurs nord-coréens pourrait se situer entre 15 000 et 30 000. Selon le rapport, Moscou et Pyongyang utilisent notamment des visas étudiants pour faciliter leur entrée sur le territoire russe. Une fois sur place, ces travailleurs peuvent être affectés à des chantiers, des usines ou des exploitations agricoles.
Pour la Russie, confrontée à une pénurie de main-d’œuvre, cette présence répond à un besoin économique. Mais le dispositif soulève également des inquiétudes concernant les conditions de travail des Nord-Coréens et leur possible implication dans la production d’armements. Le MSMT estime par ailleurs que cette coopération industrielle pourrait favoriser un transfert de compétences et de technologies vers la Corée du Nord.
Norbert MEGAN YAOVI








