Plus de 241 000 chauffeurs de la plateforme Uber au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et dans plusieurs autres pays européens ont engagé une action collective contre l’entreprise américaine. Ils lui reprochent notamment d’avoir utilisé leurs données sans autorisation pour entraîner ses modèles d’intelligence artificielle et dénoncent l’opacité de l’algorithme qui détermine les courses et influence leur rémunération.
La contestation prend de l’ampleur alors qu’Uber a annoncé la suppression d’environ 10 % de ses effectifs dans le monde, soit près de 3 000 emplois. Pour les chauffeurs concernés, le principal problème réside dans l’utilisation de leurs données et dans le fonctionnement d’un système algorithmique dont les règles restent difficiles à comprendre.
Certains conducteurs affirment notamment qu’après avoir effectué une longue course, l’application leur proposerait systématiquement un tarif moins élevé pour le trajet retour. Selon eux, l’algorithme considérerait qu’ils seraient davantage disposés à accepter une course à prix réduit plutôt que de rentrer sans passager.
Uber conteste ces accusations. L’entreprise assure que le prix proposé à un chauffeur n’est pas ajusté en fonction de son comportement individuel, ni de son historique d’acceptation ou de refus des courses. Mais l’absence de transparence sur le fonctionnement précis de l’algorithme rend ces affirmations difficiles à vérifier.
Un système jugé opaque
L’avocat Jérôme Giusti, qui a engagé plusieurs centaines de procédures contre Uber au nom de chauffeurs, dénonce cette opacité. Selon lui, les conducteurs disposent de peu d’informations sur la manière dont les courses sont attribuées et sur la fixation des tarifs.
Cette situation complique également la démonstration d’un éventuel préjudice. Sans accès aux mécanismes de l’algorithme, les chauffeurs ont davantage de difficultés à établir qu’ils ont subi une perte financière et à réclamer une indemnisation. C’est précisément l’un des enjeux de l’action collective européenne : obtenir des éléments permettant d’évaluer les pratiques d’Uber et, le cas échéant, d’obtenir réparation pour les chauffeurs concernés.
Des procédures longues
Les procédures judiciaires pourraient toutefois s’inscrire dans la durée. Jérôme Giusti souligne la complexité de ces dossiers et estime que certaines condamnations peuvent intervenir plusieurs années après le début des procédures.
L’avocat cite notamment une procédure engagée devant le Conseil de prud’hommes de Paris en 2020, qui aurait abouti à une première condamnation à indemnisation en 2025.
Les plaignants mettent ainsi en cause plusieurs pratiques d’Uber, notamment au regard du droit du travail et du Règlement général sur la protection des données (RGPD). L’action collective devra désormais déterminer l’ampleur des éventuels préjudices et les conditions d’une indemnisation des chauffeurs.
Norbert MEGAN YAOVI








