Madagascar engage une réforme majeure de son secteur pétrolier. L’État entend progressivement confier à la State Procurement of Madagascar (SPM) le monopole de l’importation des hydrocarbures, au détriment des distributeurs privés qui dénoncent les risques d’une telle centralisation.
Depuis un mois, la SPM participe à l’approvisionnement en produits pétroliers de la Grande Île, aux côtés des quatre principaux distributeurs privés. Une loi entrée en vigueur début août prévoit toutefois qu’elle devienne, à terme, l’unique entité chargée des importations d’hydrocarbures. La durée de cette période transitoire n’a pas été précisée.
Les distributeurs privés inquiets
Les autorités justifient cette réforme par la volonté de renforcer le pouvoir de négociation de l’État et d’obtenir de meilleurs prix sur les marchés internationaux. Depuis plus de 25 ans, les compagnies pétrolières sélectionnaient elles-mêmes leurs fournisseurs à travers des appels d’offres. Le Groupement pétrolier de Madagascar, qui représente les distributeurs privés, redoute toutefois une « perte d’autonomie stratégique » et une « nationalisation de facto du secteur ». Les entreprises devront, à terme, s’approvisionner directement auprès de la SPM, société publique créée en 2019 et jusqu’ici principalement spécialisée dans l’achat de riz.
Des risques sur l’approvisionnement
La centralisation des importations fait également craindre une concentration des risques financiers et logistiques. Un expert du secteur énergétique estime que la faible capacité financière de la SPM pourrait compliquer ses négociations avec les grands fournisseurs internationaux. La loi prévoit que les distributeurs privés puissent reprendre leurs importations en cas de défaillance de la société publique. Mais le Groupement pétrolier estime qu’une telle solution pourrait intervenir trop tard, les cargaisons de carburant étant généralement planifiées plusieurs mois à l’avance.
La question de l’origine du carburant
La provenance des hydrocarbures constitue un autre sujet de préoccupation. Alors que Madagascar se rapproche de la Russie, les distributeurs restent soumis aux sanctions internationales qui limitent leurs possibilités d’importer du pétrole russe. Le Groupement pétrolier insiste également sur les exigences de traçabilité imposées par les compagnies aériennes, les groupes miniers, les entreprises du BTP et les multinationales. Une absence de certification claire sur l’origine des produits pourrait, selon lui, compliquer leur commercialisation auprès de ces clients stratégiques, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI








