Cinquante ans après le massacre de l’université Thammasat à Bangkok, la mémoire des victimes reste vive. Alors que survivants et militants commémorent cette tragédie du 6 octobre 1976, les jeunes Thaïlandais dénoncent toujours les restrictions qui pèsent sur la mobilisation politique.
À Bangkok, le souvenir du 6 octobre 1976 reste profondément ancré dans les mémoires. Il y a exactement cinquante ans, des forces de police, appuyées par des milices paramilitaires d’extrême droite, attaquaient l’université Thammasat, où plusieurs milliers d’étudiants s’étaient réfugiés après avoir manifesté pacifiquement contre le retour de l’ancien dictateur militaire Thanom Kittikachorn. Pornsuang, aujourd’hui âgé de 67 ans, se souvient encore de cette matinée. « À 05h30, la première détonation a réveillé tout le monde », raconte-t-il, évoquant les grenades tirées vers les étudiants retranchés près du terrain de football. L’attaque avait fait officiellement 46 morts. Des survivants et des témoins avancent toutefois un bilan bien plus élevé. Cinquante ans plus tard, la douleur demeure. « Jamais je n’aurais imaginé qu’on utiliserait contre nous des armes de guerre », témoigne Suthep, 72 ans, qui était étudiant au moment des faits.
Une mémoire encore difficile à transmettre
Depuis plusieurs années, les survivants et les militants s’efforcent de maintenir cette mémoire, longtemps entourée de silence. Sur le campus de Thammasat, pièces de théâtre, projections et débats sont organisés pour rappeler les événements et sensibiliser les nouvelles générations. Pour les jeunes militants, le contexte a changé, mais certaines difficultés demeurent. Itthipan, 19 ans, estime que la répression a pris de nouvelles formes. « Ce n’est peut-être pas la même violence qu’il y a cinquante ans, mais nous nous heurtons toujours aux mêmes obstacles », explique-t-il.
Les poursuites contre les militants se multiplient
Aucune autorité publique n’a été tenue responsable du massacre. L’événement reste par ailleurs peu présent dans les programmes scolaires thaïlandais. Depuis le mouvement étudiant de 2020, au moins 2 000 personnes ont été poursuivies en raison de leurs activités ou de leurs expressions politiques. Pour les militants, cet héritage montre que, cinq décennies après Thammasat, la mobilisation de la jeunesse thaïlandaise demeure un exercice difficile.








