Un rapport consacré aux inégalités entre les femmes et les hommes dans les territoires ultramarins alerte sur les insuffisances des politiques publiques face aux réalités locales. Réalisé par Aude Luquet, ancienne députée et actuelle coordinatrice interministérielle, le document révèle une concentration préoccupante des violences intrafamiliales et des féminicides dans ces territoires et appelle à une adaptation urgente des dispositifs nationaux.
Les violences faites aux femmes prennent une ampleur préoccupante dans les territoires ultramarins français. Selon un rapport sur les inégalités femmes-hommes dans les Outre-mer, ces territoires concentrent 10 % des violences intrafamiliales et 11 % des féminicides recensés en France, alors qu’ils regroupent une population largement inférieure à celle de l’Hexagone.
Réalisé par Aude Luquet, ancienne députée et coordinatrice interministérielle, le rapport met en évidence un décalage entre les politiques publiques nationales et les réalités quotidiennes des femmes vivant dans les territoires ultramarins. Le document, transmis aux ministères chargés des Outre-mer et de l’Égalité entre les femmes et les hommes, appelle à une meilleure adaptation des dispositifs existants.
L’autrice estime que les mécanismes de lutte contre les violences faites aux femmes restent encore largement conçus selon une approche uniforme, sans suffisamment tenir compte des contraintes propres aux territoires comme La Réunion, la Martinique, la Guyane, Mayotte ou la Polynésie française.
L’éloignement géographique constitue notamment un frein majeur à l’accès aux services d’accompagnement. Dans plusieurs territoires insulaires, les distances entre les habitations et les structures spécialisées compliquent la prise en charge des victimes. En Polynésie française, la dispersion des populations sur plusieurs îles limite encore la présence des services publics, des forces de sécurité et des associations spécialisées.
Le rapport souligne également les fragilités sociales qui accentuent la vulnérabilité des femmes ultramarines. Dans ces territoires, une famille sur deux est monoparentale, et dans la majorité des cas, une femme élève seule ses enfants. Cette situation renforce les difficultés liées à la précarité, au manque de solutions de garde et aux obstacles d’accès à l’emploi.
Pour Aude Luquet, l’autonomie financière représente un levier essentiel dans la prévention des violences. Permettre aux femmes de disposer de ressources suffisantes constitue une étape importante pour favoriser leur indépendance et leur capacité à sortir des situations de dépendance.
Sur le terrain, les associations confirment ces difficultés. En Guadeloupe, Pascale Benouet-Terro, présidente de Solidarité Femme, estime que les politiques publiques élaborées au niveau national ne prennent pas toujours en compte les réalités sociales et culturelles locales.
Elle évoque notamment le poids du modèle de la femme ultramarine considérée comme une personne capable de tout supporter, souvent appelée « potomitan ». Selon elle, cette représentation peut contribuer à masquer certaines souffrances et retarder l’accompagnement des victimes.
Grâce à ses actions de proximité dans les zones rurales, l’association accompagne également des femmes âgées qui témoignent aujourd’hui de violences vécues parfois plusieurs décennies auparavant. Des femmes âgées de 70, 75 ou 80 ans prennent ainsi la parole pour comprendre leur parcours et reconstruire leur histoire.
Le rapport met aussi en lumière les difficultés liées au manque de moyens humains et matériels. À Mayotte, Aude Luquet rappelle que l’accès au 3919, numéro national d’écoute destiné aux femmes victimes de violences, a longtemps rencontré des obstacles.
En Guadeloupe, le dispositif repose en partie sur les associations partenaires, dont Solidarité Femme. Toutefois, cette organisation reste fragile, car les appels arrivent sur des lignes utilisées également pour d’autres missions associatives. L’absence de professionnels disponibles en permanence limite la capacité d’intervention auprès des victimes.
La création d’une Maison des femmes en Guadeloupe constitue une avancée importante. Cette structure permet aux victimes d’accéder à plusieurs services réunis en un même lieu, notamment la police, la gendarmerie, des professionnels de santé, des psychologues et des travailleurs sociaux. Cependant, les associations estiment qu’une seule structure demeure insuffisante pour répondre aux besoins d’un territoire de près de 450 000 habitants.
Le manque de solutions d’hébergement spécialisées reste également une préoccupation majeure. Certaines femmes en situation de grande vulnérabilité, notamment celles confrontées à des difficultés administratives, rencontrent encore d’importants obstacles pour bénéficier d’un accompagnement adapté.
Autre difficulté relevée dans le rapport : l’insuffisance des données statistiques disponibles dans plusieurs territoires ultramarins. Pour Aude Luquet, l’absence d’indicateurs précis empêche une véritable évaluation des politiques publiques et limite la capacité des institutions à ajuster leurs actions.
Elle cite notamment Saint-Martin et Saint-Barthélemy, où les données restent encore insuffisantes. Selon elle, sans statistiques fiables, il devient difficile d’identifier les besoins réels, de mesurer l’efficacité des dispositifs existants et de prendre les décisions adaptées.








