Le président serbe Aleksandar Vucic a achevé, ce jeudi 28 mai, une visite officielle de cinq jours en Chine, marquée par un renforcement significatif des relations entre Belgrade et Pékin. Invité par le président chinois Xi Jinping, le dirigeant serbe a qualifié ce déplacement de « plus important de sa carrière politique ».

Au cœur de cette visite : la signature d’une vingtaine d’accords bilatéraux couvrant des secteurs stratégiques tels que les infrastructures, la robotique, la sécurité, les chaînes d’approvisionnement, l’intelligence artificielle ou encore l’énergie verte. Ce nouveau rapprochement illustre la volonté de la Serbie d’approfondir son partenariat avec la Chine, dans un contexte international marqué par les tensions croissantes entre Pékin et Washington. Symbole fort de cette coopération, Aleksandar Vucic a reçu la Médaille de l’Amitié, la plus haute distinction chinoise attribuée à un ressortissant étranger. Une récompense largement relayée par les médias pro-gouvernementaux serbes, mais qui suscite également des critiques au sein de l’opposition et chez plusieurs observateurs internationaux. Pour Vuk Vuksanovic, maître de conférences au King’s College de Londres, les inquiétudes concernent principalement les conditions dans lesquelles se développent les investissements chinois en Serbie. Selon lui, certains projets ne respecteraient pas toujours les normes environnementales, les droits des travailleurs ou les exigences de transparence et de lutte contre la corruption. « Si des États donnent aux Chinois un chèque en blanc, ils en profiteront au maximum — et c’est précisément ce qui se passe en Serbie », estime le chercheur, qui pointe également la responsabilité des élites dirigeantes serbes dans cette situation. Lors de leur rencontre au Grand Palais du Peuple à Pékin, Xi Jinping a appelé à renforcer la coopération dans des secteurs d’avenir comme l’intelligence artificielle, l’économie numérique et les industries de pointe. Les deux dirigeants ont également évoqué le développement des infrastructures de transport et d’énergie dans le cadre de l’initiative chinoise des « Nouvelles routes de la soie », également connue sous le nom de « La Ceinture et la Route ». La Chine joue déjà un rôle majeur dans les investissements en Serbie. Pékin a notamment participé à la construction d’une ligne de train à grande vitesse inaugurée en octobre 2025. Des entreprises chinoises prennent également part à plusieurs projets structurants, dont le futur métro de Belgrade et la construction de plusieurs ponts, selon le ministère serbe des Finances.
Au-delà des enjeux économiques, cette visite révèle un repositionnement diplomatique de la Serbie. Belgrade tente de maintenir un équilibre entre ses relations avec l’Union européenne, les États-Unis et la Chine. Mais pour Vuk Vuksanovic, les autorités serbes redoutent avant tout la pression américaine à mesure que la rivalité sino-américaine s’intensifie. Le chercheur compare ainsi la stratégie actuelle de Belgrade à celle de l’ex-Yougoslavie de Tito : une politique de non-alignement visant à préserver des relations à la fois avec Washington et Pékin. Face aux « turbulences » internationales, Xi Jinping a par ailleurs plaidé pour un « véritable multilatéralisme », tandis que les deux pays ont signé de nouveaux accords dans les domaines du commerce, de la technologie et de l’éducation. En renforçant ses liens avec Pékin, le président Aleksandar Vucic confirme ainsi la place croissante de la Chine dans la stratégie économique et diplomatique de la Serbie.








