Confrontée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient et aux risques de perturbation des marchés pétroliers, l’Afrique du Sud engage une réforme majeure de sa politique énergétique. Le gouvernement prévoit de constituer des réserves stratégiques de carburant couvrant deux mois de consommation nationale afin de sécuriser l’approvisionnement du pays et de limiter l’impact des crises internationales sur son économie.
L’Afrique du Sud a annoncé une refonte de sa politique nationale de stockage des carburants afin de renforcer sa sécurité énergétique face aux incertitudes qui pèsent sur les marchés pétroliers mondiaux. Le gouvernement prévoit de constituer des réserves stratégiques équivalant à 36 millions de barils de pétrole, soit près de deux mois de consommation nationale. Cette réforme impose également aux grossistes et importateurs de maintenir des stocks couvrant 21 jours de consommation, tandis que l’État conservera des réserves destinées à faire face à d’éventuelles situations d’urgence.
Cette décision intervient dans un contexte marqué par les tensions persistantes au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz, un corridor maritime stratégique par lequel transite une part importante du pétrole mondial. Les risques de perturbation des approvisionnements et la volatilité des prix de l’énergie ont conduit Pretoria à renforcer son dispositif de protection contre les chocs extérieurs.
Il s’agit de la première réforme de cette ampleur depuis les années 1970. À cette époque, le régime d’apartheid avait instauré un système de réserves stratégiques afin de faire face aux sanctions internationales et aux menaces d’embargo sur les importations de pétrole. Aujourd’hui, les autorités souhaitent adapter cette politique aux nouveaux enjeux énergétiques mondiaux.
Selon Andile Zulu, chargé du programme Énergie au sein de l’Alternative Information and Development Centre (AIDC), le conflit au Moyen-Orient a mis en évidence la forte dépendance de l’Afrique du Sud aux combustibles fossiles. Il estime que cette situation a contribué à la hausse du coût de la vie, en renchérissant les prix des denrées alimentaires, des transports, de la logistique et de nombreux produits manufacturés.
La stratégie soulève toutefois plusieurs interrogations. Près des deux tiers des futures réserves seront constitués de pétrole brut, alors que près de la moitié des raffineries sud-africaines ont fermé ces dernières années, réduisant les capacités nationales de raffinage. L’AIDC rappelle également la vente controversée de 10 millions de barils des réserves stratégiques en 2015, une opération jugée irrégulière et annulée par la justice, alimentant les inquiétudes sur la gouvernance de ces infrastructures sensibles.
Au-delà de l’augmentation des capacités de stockage, plusieurs organisations de la société civile plaident pour une accélération des investissements dans les énergies renouvelables. Elles estiment que la diversification du mix énergétique constitue la solution la plus durable pour réduire la dépendance du pays aux combustibles fossiles et renforcer sa résilience face aux crises énergétiques internationales.








