La tenue du Sommet Africa Forward à Nairobi a été marquée par une montée de tensions ce lundi 12 mai 2026. Plusieurs manifestants, parmi lesquels figuraient des ressortissants étrangers, ont été interpellés après avoir tenté de pénétrer dans l’enceinte hautement sécurisée du Centre international de conférences Kenyatta (KICC), où se réunissent plus de trente chefs d’État africains et partenaires internationaux.
Cette mobilisation intervient dans un climat déjà tendu, alimenté par une vive polémique autour du président français Emmanuel Macron après une séquence largement relayée sur les réseaux sociaux lors d’une intervention publique à Nairobi. Selon plusieurs témoins présents sur place, les forces de sécurité kényanes ont utilisé des gaz lacrymogènes ainsi que des tirs de sommation pour empêcher les protestataires de franchir le périmètre de sécurité installé autour du KICC. Parmi les personnes arrêtées figureraient des citoyens britanniques, français, sud-coréens et grecs, ainsi que plusieurs militants kényans. L’activiste Julius Kamau ferait notamment partie des personnes interpellées, d’après des déclarations de Booker Ngesa Omole. Les manifestants dénonçaient ce qu’ils considèrent comme une persistance des influences étrangères sur le continent africain. Plusieurs pancartes hostiles à la présence française en Afrique ont été aperçues durant la mobilisation.
Emmanuel Macron au centre d’une polémique virale
La tension autour du sommet s’est accentuée après un incident survenu à l’Université de Nairobi lors d’une session consacrée à la jeunesse et à la culture. Au cours des échanges, Emmanuel Macron s’est emparé du micro pour interpeller une partie du public qui discutait pendant les interventions. Une scène filmée puis massivement diffusée en ligne. Certains mouvements panafricanistes ont interprété cette réaction comme une attitude jugée condescendante, ravivant des critiques déjà existantes sur la place de la France en Afrique et sur les relations entre Paris et plusieurs pays du continent. Depuis plusieurs années, les débats autour de l’influence française en Afrique prennent une ampleur croissante, notamment dans des pays comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger, où les autorités françaises ont subi plusieurs revers diplomatiques et militaires.
En parallèle du Sommet Africa Forward, plusieurs organisations panafricanistes et mouvements de la société civile ont organisé une rencontre alternative baptisée PASAI 2026 à Ufungamano House. Les organisateurs accusent le sommet officiel de chercher à redéfinir l’influence occidentale en Afrique sous une nouvelle forme diplomatique et économique. Cette lecture critique trouve un écho particulier auprès d’une partie de la jeunesse africaine, de plus en plus active sur les questions de souveraineté politique et économique. La présence simultanée de ces deux événements illustre les profondes divisions autour des modèles de coopération entre l’Afrique et les puissances occidentales.
Des enjeux diplomatiques majeurs pour l’Afrique et l’Europe
Co-présidé par William Ruto et Emmanuel Macron, le Sommet Africa Forward doit s’achever ce mardi 12 mai. Les conclusions de cette rencontre sont particulièrement attendues avant le prochain sommet du G7 prévu à Évian, où les relations économiques entre l’Afrique et l’Europe figureront parmi les principaux dossiers diplomatiques. Au-delà des discussions officielles, les manifestations observées à Nairobi rappellent toutefois que les questions de souveraineté, d’influence étrangère et de mémoire coloniale restent au cœur des débats politiques sur le continent africain.








