Au Soudan du Sud, plusieurs partenaires occidentaux expriment leur inquiétude face aux tensions politiques croissantes autour de l’accord de paix signé en 2018 entre le président Salva Kiir et son rival historique, le vice-président Riek Machar. Dans un communiqué publié le 20 mai, 19 représentations diplomatiques, dont celles de l’Union européenne, des États-Unis et du Royaume-Uni, mettent en garde contre toute modification « unilatérale » de cet accord censé mettre fin à la guerre civile déclenchée en 2013.

Les diplomates appellent à une « reprise immédiate du dialogue » entre les différentes parties signataires et estiment qu’une révision imposée sans consensus risque de fragiliser davantage la stabilité du pays. Selon eux, toute modification unilatérale « est contraire à la lettre et à l’esprit de l’accord » et pourrait compromettre les efforts de paix engagés depuis plusieurs années. Au cœur des tensions figurent des amendements proposés par le camp présidentiel à l’Assemblée nationale. Ces modifications visent notamment à permettre l’organisation des élections prévues en décembre 2026 sans avoir achevé certaines étapes clés de la transition politique, comme la rédaction d’une Constitution permanente ou le recensement national de la population. Le projet prévoit également de supprimer la suprématie juridique de l’accord de paix sur les autres textes législatifs, une mesure fortement critiquée par l’opposition ainsi que par plusieurs observateurs régionaux et internationaux. Pour ces derniers, une telle décision pourrait affaiblir les garanties politiques et institutionnelles établies après des années de conflit.
La situation politique reste particulièrement tendue à Juba. Riek Machar demeure détenu dans la capitale, tandis que les affrontements armés ont repris dans certaines régions du pays, alimentant les craintes d’une nouvelle dégradation sécuritaire. Les tensions se sont accentuées après le limogeage, le 15 mai, de 47 députés affiliés au parti de Riek Machar. Ces parlementaires avaient quitté leurs sièges quelques jours plus tôt pour protester contre les amendements proposés par le pouvoir. Mercredi, la Commission chargée de surveiller l’application de l’accord de paix a rappelé que toute réforme devait « préserver l’intégrité, la légalité et la continuité » du texte signé en 2018. Alors que les reports successifs des élections alimentent la méfiance de la population et de la communauté internationale, plusieurs observateurs craignent qu’une remise en cause de l’accord de paix ne plonge à nouveau le plus jeune État du monde dans une instabilité majeure.








